Ecrire sans travestir, Informer sans manipuler, Analyser sans préjugés

Tueries de Krim-krim : à qui profite le crime ?

Un conflit intercommunautaire survenu le vendredi 18 novembre à Krim Krim, dans le Logone Occidental, s’est soldé par la mort de 8 personnes et a occasionné une vingtaine de blessés. Comment expliquer la récurrence de ces conflits meurtriers à l’échelle nationale ?

Récurrence des conflits, Pierre, le mot est bien choisi. Bref rappel des faits. En date du vendredi 18 novembre 2022, un affrontement a mis aux prises les cultivateurs et les éleveurs dans un canton de la sous-préfecture de Krim Krim, situé dans le département de Gueni, province du Logone Occidental. La pomme de discorde est la dévastation d’un champ par les bœufs. Par ce mois de novembre, dédié aux récoltes, des agriculteurs s’activaient à leurs travaux champêtres lorsque des bouviers ont laissé les bœufs dévaster leur champ. Il s’en est suivi des rudes affrontements.

Les choses vont se dégénérer lorsque les populations sont venues en nombre à la brigade territoriale de la gendarmerie pour suivre l’affaire. Les esprits s’échauffent, les coups de feu éclatent et dans la confusion on dénombre ce lourd bilan humain par balles. Du sang tchadien a encore coulé inutilement, pour la énième fois.

Le conflit agriculteur-éleveurs, on n’en parlera jamais assez. Jusqu’à quand s’arrêtera cette hécatombe ? En partant de l’avant-dernier cas en date, celui de Mangalmé où l’on a dénombré des dizaines de morts, si l’on doit faire une cartographie de ces conflits, la carte du Tchad serait quasiment maculée de sang. Les victimes, les associations de défense des humains, les média ont tellement parlé du phénomène, en vain. Faut-il s’arrêter de dénoncer ? Faut-il se résigner ? Sûrement pas. Les mécanismes de prévention et de résolutions des conflits agriculteurs-éleveurs, à l’exemple de la convention de Laokassi, existent, les comités paritaires de résolution de conflit sont là, les couloirs de transhumance bien définis. Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché ? A qui profite le crime ? Bien de quidams à différents niveaux, tirent profit de ces macabres décomptes qui enveniment le mieux vivre ensemble des Tchadiens.

Avec le dérèglement climatique, l’accès aux ressources naturelles de plus en plus rares ne faudrait-il pas repenser notre système agropastoral pour éviter de verser continuellement du sang ? L’élevage transhumant a-t-il un avenir dans un tel contexte ?

Mais en attendant de moderniser un jour l’élevage, il est plus qu’impératif que les autorités administratives, militaires et traditionnelles œuvrent véritablement aux côtés des deux acteurs agriculteurs et éleveurs, dans une posture de justice sociale, en vue de relever le défi de la sécurité alimentaire.

Frédéric Mbaïdedji

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Frédéric Mbaidedji

Frédéric Mbaidedji

Laisser un commentaire