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Accord de Kinshasa : entre espoir et inquiétudes

Le gouvernement d’union nationale et le parti Les Transformateurs ont signé ce mardi 31 octobre un « accord de principe » pour le retour prochain de tous ceux qui ont quitté le pays après la sanglante répression des manifestations du 20 octobre 2022. Si certains saluent un pas décisif vers un dénouement de la crise politique tchadienne, d’autres dont Wakit Tamma s’y opposent. Mais est-ce que les signataires de cet accord feront-ils des efforts nécessaires pour une sortie de crise ?

Le 31 octobre 2023 entre sans doute dans les annales de l’histoire politique du Tchad. Après des mois de joutes verbales après la sanglante répression des manifestations du 20 octobre 2022, le gouvernement et le parti Les Transformateurs de Dr Succès Masra signent un «accord de principe» pour le retour, sauf retournement de la situation, au pays de tous ceux qui sont forcés à l’exil. L’ancien ministre des finances et du budget Dr Abdoulaye Sabre Fadoul y voit «la maturité intellectuelle de l’élite». Il attire chapeau au président de transition Mahamat Idriss Déby Itno et au premier ministre d’union nationale Saleh Kebzabo «d’avoir permis ce dénouement nécessaire à la bonne marche de la transition» et souhaite un «bon retour au pays à nos compatriotes des Transformateurs». Dr Abdoulaye Sabre Fadoul rappelle que le «plus dur commence».

Tout en saluant un accord pour le retour de Dr Succès Masra, le président du parti socialiste sans frontières Yaya Dillo Djerou Betchi demande si, « pour des raisons de transparence, les signataires de cet accord peuvent-ils le rendre public », estimant que son « contenu déterminera la qualité de la mèche ».

«Chacun a fait un pas vers l’autre»

Après la signature de l’accord de principe, le président du parti Les Transformateurs assure que «chacun a fait un pas vers l’autre». «Mon frère, le général Mahamat, a fait un discours en juin 2023 où il appelait au pardon et à la réconciliation. J’ai moi-même prononcé un discours où je m’inscrivais dans ce chemin de la réconciliation. Il faut deux mendiants de la réconciliation pour faire une réconciliation (…) Chacun a fait un pas vers l’autre», précise-t-il.

Le président de transition salue «les efforts louables » du facilitateur de la Ceeac. « Des efforts inlassables qui ont conduit à l’accord de Kinshasa (…). Cet accord de principe est en parfaite adéquation avec notre politique d’ouverture, d’inclusion, de dialogue, de réconciliation, de paix et d’unité, prônée dans la constance depuis l’avènement de la transition», rappelle Mahamat Idriss Déby Itno, lançant une invite aux «compatriotes encore sceptiques» à rejoindre «la dynamique de dialogue et de réconciliation pour participer pleinement et pacifiquement à la refondation du Tchad».

Wakit Tamma se désolidarise

L’un de acteurs de l’opposition à la prolongation de la transition, la coordination des actions citoyennes Wakit Tamma dit ne pas se reconnaître dans l’accord de Kinshasa. «Wakit Tamma, dont des militants sont également exilés suite à ces douloureux évènements, n’a donné mandat à aucune des parties à cet accord», précise le porte-parole de la coordination des actions citoyennes Wakit Tamma depuis Bruxelles où il s’est exilé. « (…) dans le cadre de ce processus de facilitation (…), Wakit Tamma et d’autres forces vives du pays ont tiré les conséquences de la partialité du facilitateur et l’ont unanimement récusé. Ainsi, Wakit Tamma souhaiterait qu’une priorité soit aussi accordée au règlement des violations des droits humains et des entraves aux libertés fondamentales qui ont abouti aux crimes ignobles commis à l’encontre des populations civiles», ajoute Soumaïne Adoum.

Il s’agit pour la coordination des actions citoyennes, «des impératifs aux implications juridiques considérables qui doivent faire l’objet d’un traitement juste, transparent et ouvert», assurant que pour la crise politique au Tchad, il faut «un compromis global entre tous les acteurs pour corriger les erreurs du processus politique en cours et permettre une justice équitable, aux victimes de tous les crimes subis».

De nombreux partis politiques notamment l’Union pour le développement et le renouveau (Undr) de l’actuel chef du gouvernement Saleh Kebzabo, le Rassemblement national des démocrates tchadiens (Rndt) le Réveil de l’ancien premier ministre Pahimi Padacké Albert, la Convention tchadienne pour la paix et développement (Ctpd) de l’actuel ministre de la Production et de la Transformation agricole, Laoukein Kourayo Médard mais aussi le Mouvement Patriotique du salut (Mps) du défunt Maréchal Idriss Déby Itno et le Front populaire pour la libération (Fpl) n’ont jusqu’à l’heure réagit à cet accord. De quoi suscité d’inquiétudes de certains Tchadiens.

Reste à savoir aussi  si chaque partie fera de concessions pour une véritable réconciliation ? C’est une autre équation qui se pose actuellement à la classe politique tchadienne.

Stanyslas Asnan

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